A noter :
- Virage énergie-climat a contribué au débat organisé par la CNDP sur le projet GOCO2 (décarbonation des industries émettrices de CO2 du grand Ouest, et captage /stockage de ce CO2) en rédigeant un cahier d’acteurs dont la conclusion est la suivante : « ce projet apparait éligible à la catégorie des Grands Projets Inutiles »…
- Sur le plan national, deux publications importantes ce dernier mois : le bilan prévisionnel de RTE et la SNBC3 (Stratégie Nationale bas Carbone). Nous y revenons plus en détail ci-dessous
GOUVERNANCE
- 2025 : ce que les experts prévoyaient et ce que l’énergie nous a réellement réservé. Fin 2024, de nombreux analystes considéraient 2025 comme une année charnière pour l’énergie mondiale, un point de bascule où la transition vers les technologies bas carbone devait se confirmer. Pourtant, l’année écoulée a rappelé que la trajectoire énergétique est indissociable des choix politiques, économiques et géopolitiques.
- La SNBC 3 , largement plus détaillée que sa précédente version de 2020 (700 pages…), fixe des budgets carbone ambitieux par secteur d’ici à 2040, avec une baisse les émissions nationales de gaz à effet de serre de 5 % par an en moyenne -alors que le rythme actuel est bien inférieur. Pour y arriver, la SNBC préconise d’actionner les leviers les plus efficaces en tonnes de CO2 évitées par euro investi. À ce jeu, les véhicules électriques et les pompes à chaleur sortent gagnants. Les objectifs de rénovation des logements sont fixés à 700 000 logements par an en moyenne, dont 250 000 rénovations d’ampleur, le maximum estimé pour la filière. A noter la prise en compte inédite de l’empreinte carbone, qui devrait passer de 8,2 tCO₂eq par habitant à 2,3-3,1 tCO2eq en 2050. la SNBC 3 réajuste le rôle du puits de carbone des terres et des forêts, dont la capacité d’absorption est à la baisse depuis 2013 et mise sur l’évolution des pratiques forestières pour stabiliser le puits à un niveau proche de -24 Mt, en 2050, contre -37 Mt en 2023. Elle réduit également la sollicitation de la biomasse, car il n’y en aura pas suffisamment pour tous les usages . On peut s’interroger sur la place accordée aux technologies de capture et de stockage du carbone (CCS), présentées comme une solution d’ampleur, alors que ces technologies reposent aujourd’hui sur des hypothèses très incertaines. Par ailleurs, il faut espérer que ce document ne demeure pas à l’état de vœux pieux ! Il convient que le public fasse entendre sa voix lors de la consultation publique qui sera prochainement lancée sur ce sujet.
- Et pendant ce temps, le Premier ministre a jugé opportun de lancer un nouvel audit sur les soutiens publics aux ENR (mais pas sur le nucléaire !)… Et le Sénat, qui a tendance à devenir le sanctuaire des « backlacheurs écologiques », rogne les crédits des opérateurs de la transition écologique, ADEME, OFB, Mission écologie pour le projet de budget 2026
- L’Observatoire des conditions d’accès à la transition écologique pour les ménages a publié son, édition 2025, il permet d’évaluer la capacité des ménages à investir dans la transition écologique, pour le logement et la mobilité
- Union de l’énergie : la Commission désigne 235 projets d’intérêt commun ou mutuel : interconnexions électriques, raccordements de parcs éoliens en mer, infrastructures d’hydrogène ou encore transport et stockage de CO2
- COP30 : une vague d’indignation dénonce un accord en demi-teinte, déconnecté de la réalité du changement climatique. Mais cette lecture morale nous éloigne de nouveaux rapports de force économiques qui sont en train de se mettre en place. Entre les « petrostates » et la Chine « électrostate », l’Europe doit redevenir une puissance qui outille sa transition et celle des autres pays.
- La Commission européenne lance une nouvelle salve de simplifications de la législation environnementale, au risque de démanteler les lois qui assurent notre sécurité, mettant en péril. notre santé et notre environnement
- « Eau, sol, biomasse, énergies : Planifier la décarbonation par les ressources locales » : un rapport du Shift Project en vue de concilier décarbonation et spécificités territoriales dans l’exercice de la planification écologique
SYSTEME ELECTRIQUE
- Le gestionnaire du réseau RTE a publié son Bilan prévisionnel 2025, actualisant les trajectoires du système électrique jusqu’en 2035.
- La France connaît actuellement une surcapacité de production électrique, principalement grâce à la bonne disponibilité du parc nucléaire et à l’essor des énergies renouvelables, tandis que la consommation d’électricité stagne.
- Cette situation actuelle de surcapacité n’est pas inédite en France et a déjà été gérée par le passé, notamment via la modulation du nucléaire, les exportations et l’électrification des usages. Elle protège par ailleurs le pays contre les risques de pénurie et de flambée des prix, mais ne doit pas s’installer durablement au risque de fragiliser le système
- Le débat porte sur la réponse à apporter : ralentir le développement des renouvelables ou accélérer l’électrification et la consommation. RTE privilégie l’accélération de la consommation pour des raisons économiques, techniques et climatiques.
- À moyen terme (2030-2035), deux trajectoires sont envisagées : une décarbonation lente (mais qui ne permet pas de respecter les objectifs climatiques) ou rapide, avec une sollicitation accrue de la modulation du parc nucléaire et des renouvelables.
- RTE propose quatre rythmes de développement des renouvelables hors hydroélectricité ; seul le rythme le plus rapide (R4) permettrait d’atteindre les objectifs, mais il pourrait entraîner un suréquipement
- Pour Negawatt, les conclusions tirées par RTE pour résorber ce décalage à court terme risquent de pousser deux orientations néfastes : privilégier à tout prix l’électrification à la sobriété et à l’efficacité, quitte à développer surtout des data centers qui ne décarbonent rien, et mettre un coup de frein sur les renouvelables, là où RTE souligne que la plupart de nos voisins en Europe accélèrent.
- Après le black out espagnol d’avril, l’UE désigne « 8 autoroutes européennes de l’énergie pour accélérer les projets d’interconnexions électriques entre la France et l’Espagne via les Pyrénées, que Madrid et Lisbonne accusent régulièrement la France de freiner.
- Système électrique : la CRE valide plusieurs mesures visant à rendre la production plus flexible : les installations de production d’électricité de plus de 10 mégawatts (MW) devront participer au mécanisme d’ajustement, et les modalités de mise en œuvre des arrêts des parcs sous obligation d’achat lors des périodes de prix négatifs ont été précisées.
ENERGIES RENOUVELABLES
- Le gouvernement a annoncé le lancement d’une « mission » pour évaluer le coût des énergies renouvelables pour les finances publiques et leur impact sur le système électrique, à l’heure où la future stratégie énergétique de la France suscite des débats enflammés… Cette annonce est considérée comme une provocation, et une recherche de « bouc émissaire » par l’ensemble de la profession
- C’est pour montrer le formidable potentiel économique des 450 projets déjà existants d’énergies renouvelables locales portés par des municipalités et des citoyen•nes que vient de se créer l’Alliance pour l’énergie locale. Lorsqu’elles sont portées localement les énergies renouvelables génèrent deux à trois fois plus de retombées économiques pour le territoire qu’un projet classique et peuvent assurer des revenus stables aux municipalités pour financer leurs services publics.
- Deux études concernent la minimisation des impacts biodiversité des éoliennes : une sur l’intérêt du balisage « circonstancié » des éoliennes pour protéger les chauves-souris, et l’autre sur l’évaluation de l’impact réel des éoliennes en mer sur les oiseaux et les chauves-souris.
NUCLEAIRE
- Un projet de mini-réacteur nucléaire en bord de Loire (à Chinon), porté par la startup Nucleo, provoque déjà la colère d’opposants locaux
- L’EPR de Flamanville produit à pleine puissance (pour combien de temps ?)
- Le projet de Cigéo à Bure (Meuse), où doivent être enfouis à partir de 2050 les déchets nucléaires les plus dangereux, a franchi jeudi une étape clé avec la présentation de l’avis technique de l’ANDRA (le « gendarme » du nucléaire), qui juge ses conditions de sûreté « satisfaisantes » en l’état.
- Nucléaire : EDF revoit à nouveau à la hausse la facture des réacteurs EPR2 Le coût prévisionnel des six futurs réacteurs français enfle de près de 5 milliards d’euros par rapport à la précédente estimation, soit 72,8 milliards d’euros, en euros de 2020 (83 milliards, en euros 2025). Ce nouveau chiffrage sera audité par l’Etat, soucieux comme EDF de ne pas répéter les erreurs de l’EPR de Flamanville.
TRANSPORTS
- Décryptage : Si voyager sur rails se révèle être structurellement plus cher que par les airs, c’est notamment parce que l’aérien bénéficie d’un coût artificiellement bas grâce à des exonérations fiscales qui favorisent depuis des années le kérosène, le carburant des avions , exonéré de la TVA et de TICPE (la taxe française sur les produits pétroliers)
- Bruxelles enterre l’interdiction de vendre des voitures thermiques neuves en 2035 qui devient une réduction de 90 % des émissions. Pour compenser ce recul, la Commission européenne a imaginé recourir à l’acier vert et aux biocarburants. Mais les mécanismes restent pour l’instant modestes et le secteur souffre des incertitudes.
- Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 rouvre le débat sur les biocarburants B100 et E85, longtemps soutenus par une niche fiscale pour encourager leur production dans le cadre de la transition écologique. Plusieurs rapports et études scientifiques remettent en question leur efficacité réelle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, relançant les discussions sur l’opportunité de maintenir cet avantage fiscal.
- Automobile : pour Verkor, qui inaugure sa gigafactory de batteries à Dunkerque, le plus dur commence , malgré le soutien de Renault
DIVERS
- Des industriels, dont la cimenterie d’Airvault (Deux-Sèvres), sont partenaires du projet GOCO2 destiné à éviter le rejet de plus de 2 millions de tonnes de CO2 par an. Une première phase de concertation vient d’aboutir. Virage énergie-climat a contribué à ce débat en rédigeant un cahier d’acteurs dont la conclusion est la suivante : « ce projet apparait éligible à la catégorie des Grands Projets Inutiles »…
- Projets miniers en Bretagne : malgré une forte opposition, l’État accorde trois permis exclusifs de recherches minières que sollicitait la start-up bretonne Breizh Ressources.
- Intelligence artificielle : l’Autorité de la concurrence pointe les risques posés par son impact énergétique :elle estime possible que certains acteurs s’emparent des questions énergétiques pour protéger leurs parts de marché.
- Numérique et énergie décarbonée : l’essor du cloud et de l’intelligence artificielle fait exploser la demande d’électricité. La responsabilisation du secteur numérique passera autant par un approvisionnement en énergie bas carbone cohérent que par l’efficacité énergétique.
